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Van Andel, Bourcier, De la sérendipité dans la science, la technique, l’art et le droit : Leçons de l’inattendu


Compte-rendu de Christine Guilloux



Sérendipité... Autre mot aux frontières floues, pour nous intriguer. Un mot créé de toute pièce par le philosophe anglais, Horace Walpole, en 1754 qui sera d’abord utilisé par les bibliomanes – en fait, Walpole s’inspire d’un roman de l’époque « Les trois princes de Serendip » où les protagonistes, tombés dans des situations fâcheuses, s’en échappaient grâce au hasard. Les sciences exactes, puis par les sciences sociales et le monde de la décision s’empareront progressivement du terme au cours de l’histoire dans le monde anglo-saxon.
La sérendipité est d’abord définie comme le fait de découvrir quelque chose par accident et sagacité alors que l’on est à la recherche de quelque chose d’autre, la faculté de trouver la bonne information par hasard, sans la chercher.
Walpole, écrivain graphomane de milliers de lettres, collectionneur obsessionnel, développe une curiosité insatiable. Pour lui, la sérendipité concerne le monde des bibliomanes, des collectionneurs et, plus généralement, des curieux. Le terme est « semé » et fréquemment utilisé dans la littérature anglo- saxonne.

Longtemps plus tard, dans les années 1945-49, Robert K. Merton, sociologue des sciences, s’intéresse au terme et au processus, un processus « d’anormalité ». L’écrivain est un collectionneur de mots, un créateur de « cabinet de curiosités » pour développer l’expression des idées et des sentiments, le goût de l’étrangeté, et capter l’attention, la curiosité et l’imagination du lecteur.
La définition évolue au cours du temps en « don de faire des trouvailles, de trouver ce qu’on ne cherche pas, dans la science, la technique, l’art, la politique, le droit ». Les découvertes, les inventions et les créations qui en résultent sont donc « accidentelles ». Un cas de sérendipité, par définition, est une observation surprenante sui- vie d’une explication juste.

Pour Merton, le rôle de l’observateur est fondamental. Compréhension a posteriori, ouverture a priori : « Après tout, l’homme avait remarqué pendant des siècles des “incidents triviaux” comme des lapsus de la langue (lapsus linguae), de la plume, de la mémoire, des erreurs typographiques, mais la sensibilité théorique d’un Freud était nécessaire pour qu’on les voie comme des données stratégiques par lesquelles il a pu étendre sa théorie du refoulement et des actes symptomatiques. Le modèle de la sérendipité, alors, implique que la don- née non-anticipée, anormale et stratégique exerce une pression sur l’investigateur dans une nouvelle direction qui étend la théorie [...]. Freud [...] observait pendant la dernière guerre [la grande guerre, dans laquelle il avait deux fils au front] qu’il avait fait une erreur de lecture dans le titre d’un article dans un journal, “Die Feinde vor Görz” [L’ennemi devant Görz] comme “Der Friede von Görz” [La paix de Görz]. Freud saisit l’incident trivial et l’entraîna jusqu’au fait stratégique. C’est peut-être suffisant pour illustrer le modèle de la sérendipité : une trouvaille inattendue et anormale qui ex- cite la curiosité de l’investigateur, et le guide le long d’un sentier non prémédité, le conduisant à une hypothèse neuve. »

Au-delà de l’histoire du mot et de ses théories, Pek van Andel, chercheur en sciences médicales à l’Université de Groningue et Danièle Bourcier, directrice de recherche au CNRS en sciences sociales, décrivent dans leur ouvrage De la Sérendipité dans la science, la technique, l’art et le droit : Leçons de l’inattendu, la pratique et une anthologie de quarante types de sérendipité. Ils se donnent à cœur joie pour nous présenter une multitude de cas dans tous les domaines : de la radioactivité au Velcro, du pendule de Foucault à la peinture abstraite, du stéthoscope au kouign aman, du rêve de Christophe Colomb au refus de Rosa Parks... Chaque cas est une leçon d’interprétation de l’inattendu...

L’ouvrage fort documenté stimule notre curiosité, titille les papilles de notre créativité, bouscule nos idées reçues, nous invite à saisir le hasard comme source d’improvisation... Aussi laissons nos esprits vagabonder, rêvons et gardons les yeux ou- verts « l’un pour ce que l’on cherche et... l’autre, pour ce que l’on ne cherche pas... »


 
 
 




Théo Chaumeil
Kinésithérapeute et Praticien en Hypnose Médicale. Formé au CHTIP, à l'AFHYP avec le Dr Jean... En savoir plus sur cet auteur


Rédigé le 01/12/2016 à 12:30 | Lu 200 fois | 0 commentaire(s) modifié le 07/09/2017

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